dimanche 13 septembre 2015

Fort Rhyker

Quand il faut y aller...

On n’a aucun indice sur où pourrait être le magistrat Borloch, ni sur l’identité du bourreau, et le début de la Nuit la Plus Longue est… pour demain soir ! Je dois avoir perdu la notion du temps, moi qui pensait qu’on avait encore quelques jours.
Du coup, aller sur Fort Rhyker, le lieu de l’ancien champ de bataille, semble être la seule option « viable », bien que je ne sois pas encore convaincu.
D’ailleurs, c’est moi qui doit convaincre le Père Dumas de se remuer un peu. C’est demain la Nuit la Plus Longue, merde, quoi. Et lui, il pense à aller se pieuter et ne prévenir que demain le capitaine de la garde de l’invasion qu’on pressent. Allez, on se bouge, on range ses mules et on part vers la capitainerie…
Ce n’est pas que je manque de confiance envers le Père Dumas, mais je veux être certain que la garde est bien prévenue par un dignitaire, et qu’on évite de se servir de nous. Du coup, je le file discrètement dans les rues sombres de Corvis.

Et là, voilà qu’on me siffle comme une donzelle. Ça a beau être le capitaine de la garde, ça donne un coup au moral. Un capitaine de la garde, seul, qui planque comme un vulgaire chouf, ils sont vraiment en sous-effectif.
Que me veut-il ? Il m’annonce qu’il nous fait suivre ces derniers temps et qu’il veut nous parler.
Avec son accord, pendant que le Père Dumas poursuit sa route, je le ramène à l’église pour une réunion avec Amelyass, Albérich et Boris.
Il nous explique qu’il soupçonne depuis quelques temps Alexia Ciannor – sans vouloir nous dire pourquoi – et qu’il suit de loin notre admirable travail.
Il souhaiterait que l’on enquête sur la disparition de deux de ses hommes qui étaient partis sur les traces Alexia à Fort Rhyker.
Comme on est bavard, on lui explique ce que l’on sait, en concluant que ses deux hommes sont sans doutes morts à l’heure actuelle.
Il faut absolument surveiller les entrées de la ville. Il nous répète à nouveau qu’il est en sous-effectif mais j’insiste : comme les contrôles sont lâches, le minimum à faire est de prêter un œil attentif pour contrer une tactique que je n’exclut pas : l’entrée éventuelle de zombies camouflés en provenance de Fort Rhyker. Sans vraiment répondre à notre avertissement, il nous supplie presque d’aller voir là-bas pour le compte de la ville.
Pendant que mes nouveaux compagnons négocient leur salaire, je négocie le “pouvoir d’enquête” de la ville pour retrouver Victor. Il me promet de vérifier si un nouveau riche s’est installé en ville, ou quelqu’un de la description de Victor. Mais ses paroles me donnent peu d’espoir. Je commence à douter que ce salopard se cache à Corvis, il faut que je pense à retourner à Fharin. Je me suis peut-être fait assez oublier pour pouvoir voir si Haley aurait par hasard du neuf…
Mais ça, ce sera si je ressors vivant des plages de sable fin de Rhyker !
On relâche le capitaine Helstrom pour qu’il rejoigne le Père Dumas, en espérant que ce dernier ne lui cache rien. D’ailleurs, n’ayant pas apprécié être filé, je me charge de filer le capitaine pour être sûr qu’il se rende chez lui. Il retourne à la capitainerie, pas de trace du Père Dumas sur le chemin.

4 Gorim

C’est l’aube, j’ai assez de valises sous les yeux pour partir sans équipement, mais le bon capitaine a prévu des petits cadeaux : un gros flingue, en prêt, pour le gros Boris, quelques potions de soins, une épée courte dépourvue de rouille pour remplacer la mienne, et surtout deux tonneaux de poudre de sa réserve personnelle. Par contre, pas de trace d’outillage de précision dans cette réserve. On a même deux chevaux en plus du cochon d’Amelyass et de la mule d’Albérich.

Je laisse les autres partir afin de faire un petit détour par le manoir des Sunbright. Impossible de passer le cap du majordome. La maison semble vraiment fâchée à mon encontre. Fais du bien à Bertrand, il te le rend en caguant !
Je rédige rapidement une missive obséquieuse faisant miroiter à Ragnon Sunbright des informations de première mains qu’il n’aurait pas déjà à propos de l’enlèvement de la dépouille de son père, précisant que je repasserai dans quelques jours.

Au galop, je récupère la trace des trois autres. Nous semblons maintenant former une vrai équipe.
Avant le soir, et la traversée d’un marais, nous voilà à Fort Rhyker : deux donjons de part et d’autre d’une profonde faille, reliés par un double pont : un pont en pierre, branlant, en partie supérieure et un pont-levis en bois en partie inférieure. Ce sont plus que des ruines, le fort tient encore bien, avec très peu d’ouvertures. Il doit y faire fort froid et sombre à l’intérieur.
À l’extérieur, on sait qu’on est tout de suite au bon endroit : des squelettes se tuent l’échine à ramasser des ossements qu’ils apportent au fort. On imagine aisément ce qu’il s’y passe.
Je passe en éclaireur espionner l’entrée du fort. Seuls deux gardes – squelettiques – à l’entrée. Ils se chargent de recueillir les ossements et passent par une porte, en délaissant une seconde. On se faufile sans se faire voir et on explore le premier donjon : pas grand chose à part le stockage des matières premières pour la manufacture de squelettes.
Le pont de pierre étant instable, on finit par emprunter le pont de bois. Je bloque toutefois le mécanisme du pont-levis avant de le laisser derrière nous. Un peu d’exercice me ferait du bien, car l’escalade vers le mécanisme d’entrée des chaines n’est pas des plus aisée. Pourtant, en vivant monacalement à l’église, je ne pensais pas pouvoir faire du gras…
Puis, je reste en retrait pendant que les autres passent. J’avais du flair, ils se font arroser de flèches. Cette fois, ce ne sont pas des squelettes, mais bien quatre hommes de chair et d’os – comme un zombie en fait – mais avec un supplément d’âme. Quoique : ils n’hésitent pas à nous arroser sans avertissement, mais leur angle est mauvais. Je peux pour ma part passer sans encombre pendant que mes trois autres compères entrent. J’essaie en vain de faire parler les hommes en haut – pas de réponse. Je finis par rejoindre les autres.
Il n’y a qu’un seul chemin jusqu’au toit, qui passe par quelques cellules ne contenant pas grand’chose à part quelques squelettes. On trouve aussi des rituels écrits pour pratiquer la réanimation des morts. Au stade où elle doit en être, Alexia n’en a sans doute plus besoin. Un peu plus loin, dans les sous-sols, une créature sauvage, mi-homme, mi-bête, ressemblant de loin à ce que mes lectures d’enfance voulaient faire passer pour un ogre, semble avoir pris le fort pour tanière.
On voit un long tunnel creusé qui pourrait être une sortie. Une fois que Boris s’est débarrassé de la chose – elle ne semblait pas vouloir, ou pouvoir, discuter, on retrouve hélas les corps des deux guetteurs envoyés par la capitaine Helstrom, à moitié dévorés. Albérich reprend leurs insignes, pour les rapporter à leur veuve, tandis que Boris trouve 4 ou 5 pierres qui pourraient intéresser un bijoutier. On décide de ne pas explorer le tunnel de la bête. J’aurais bien aimé pour voir si on arrive à une sortie, mais vu que notre arrivée est maintenant connue, ce serait en effet ballot de se faire prendre comme des bleus au fond d’un cul-de-sac.

On suit donc l’unique chemin qui mène en haut, sur un chemin de ronde. Afin de ne pas se faire surprendre, Amelyass et Boris prennent d’un côté, Albérich et moi de l’autre. Mais après quelques secondes, une explosion se fait entendre. Je demande à Albérich d’aller voir pendant que je garde mon côté mais il n’a pas le temps de revenir que deux des hommes sont en embuscade. Je n’ai pas d’autre choix que de défendre ma vie et, avec un brin de chance, je ne m’en sort qu’avec quelques éraflures, parvenant à mettre à terre mes deux agresseurs. Avec Albérich, on retourne rapidement vers Amelyass et Boris.
Ils sont assis en haut d’un escalier qui descend au fond d’une cour. Dans cette cour, des centaines de squelettes en formation militaire ! L’attitude des deux hommes face à cette situation me laisse perplexe. Souhaitent-ils mourir à rester ainsi à découvert ? Ils ont certes tiré un coup de feu (l’explosion d’il y a quelques minutes) et les squelettes ne semblent pas bouger, mais tout de même.
Je réfléchi rapidement à la possibilité de placer nos bombes au milieu de la cours, à l’aide d’une perche, mais on n’a pas le temps de mettre en place un plan. Les squelettes se mettent en marche vers nous. Des centaines…
Dans la panique, Amelyass jette un tonneau de poudre et le fait exploser un milieu des escaliers. Des esquilles d’os volent de partout mais… les escaliers sont quasiment intacts, rien ne pourra empêcher l’armée de non-morts de sortir de là.
Amelyass et Boris ont eu l’un des hommes, il nous en manque donc un. Peut-être est-il descendu dans le baraquement dans un coin de la cour ?
Nous n’avons pas le temps de tergiverser, on décide fort logiquement de battre en retraite mais Amelyass part de son côté sur le pont de pierre en très mauvais état mais qui laisse éventuellement une voie de sortie à l’armée. Il craint qu’elle ne la choisisse – le donjon n’a aucune sortie, juste ses connections avec l’autre donjon via les deux ponts et, peut-être, l’antre de l’homme-bête qui a tué les soldat du guet. On n’y croit pas, le pont est trop fragile, mais Amelyass part de son côté pour le faire sauter pendant que nous autres redescendons par là où nous somme venus, le pont-levis inférieur. Nous devrions pouvoir passer et vite le relever, sachant qu’il faut d’abord débloquer ce que j’avais bloqué plus tôt.
En descendant, je ressens, tel un éclair dans ma poitrine, un mauvais pressentiment, sans m’expliquer pourquoi. Des lumières fantômes semblent éclairer ma descente dans l’escalier sombre en colimaçon.
Arrivé au pont-levis, le pont supérieur n’a pas sauté et Amelyass gît au sol avec des débris de pierre tout autour. La tâche de sang qui s’étend lentement autour de son crâne ne laisse guère de doute, le petit homme est mort !
Nous n’avons pas le temps de nous apitoyer. Alberich prend le corps pendant que je débloque le mécanisme du pont-levis. Puis on le remonte avec difficulté et nous rentrons au plus vite à Corvis, laissant dernière nous une horde de squelettes que nous espérons coincés.

C’est seulement sur la route que l’on parvient à reprendre peu à peu nos esprits. Ma colère monte lors d’une pause lorsque je me retourne et voit au loin la forteresse. Les petits cailloux que je jette dans le vide pour calmer ma colère se transforment en autant de petites billes de lumière…