Recherche cadavres désespérément
7 Donard
En attendant la fin du service du capitaine du guet, je me trouve quelques vêtements de bonne qualité, qui me permettront de passer pour autre choses qu’un mendiant ou un vulgaire spadassin parcourant les routes. Je me trouve une veste de velours noirs d’une très belle coupe cintrée, avec un pantalon assorti. Je trouve également une chemise jaune pâle et quelques accessoires du même ton pour accommoder à la veste pour des occasions plus guindées. Enfin, une belle paire de souliers cirés.
Nous retournons ensuite au guet avec le Albérich, Boris et Amelyass. On parvient cette fois à avoir une entrevue avec le capitaine. C’était un peu brouillon et je ne sais pas ce qu’il pense de notre assemblage hétéroclite, mais il a l’air de nous croire puisqu’il ajoute son blanc-seing à la lettre du Père Dumas. Il nous demande juste de rester discrets dans notre enquête pour éviter d’affoler la ville, ce qu’il ne pourrait pas gérer maintenant – il comptait s’occuper du problème après la Longue Nuit.
Comme j’en déduis qu’il se prépare sans doute un truc pas tout à fait morrowite avec ces histoires de morts qui marchent, à une semaine de la Longue Nuit, si on veut donner satisfaction au Père Dumas, va falloir démêler l’écheveau avant cette date.
Il faut donc agir vite.
Je propose donc de faire un tour encore avant demain à l’un des lieux le plus proche, à la ferme Gaddock qui n’est qu’à une demie-heure d’ici.
Grâce à nos sauf-conduits, on peut s’arranger avec la garde afin qu’il nous laisse rentrer en ville après la fermeture des portes une fois la nuit tombée.
Les Gaddock
La ferme est conduite par une honnête famille de paysans. Le chef de famille, lorsque je lui explique la raison de notre présence, nous dit que la tombe de son père a été profanée. Son fils surgit dans la pièce, expliquant qu’il a vu pépé s’en aller, qu’il faisait une drôle de tête. Voyant qu’il essaie de faire taire son jeune fils affabulateur, je tente de le neutraliser en poursuivant la discussion avec lui pendant que les autres suivent le gamin à l’extérieur pour en apprendre plus.
Au total, ce que l’on retire de notre visite, c’est que le grand-père, mort il y a trois ans, devait avoir une certaine instruction : il a été enterré avec ses plus beaux habits et son monocle – accessoire qu’il n’a hélas pas emporté avec lui, car on le retrouve au fond de la tombe.
D’après le fils, le mort est parti vers la forêt. L’inspection de la tombe montre que si le mort s’est relevé, c’est avec une aide extérieure. La tombe a été creusée, le mort n’a pas gratté le sol pour en sortir. Nous promettons au père Gaddock de lui rapporter la dépouille de son père et rentrons en ville, à l’église.
Boris prend une chambre dans une auberge proche, ce qui me laisse une cellule pour moi seul afin de prendre une courte nuit de repos.
1 Gorim
Réveil difficile, les prêtres sont matinaux et Albérich ne tarde pas à venir frapper à ma porte après ses matines. Devant un petit déjeuner, on discute du programme de la journée.
J’essaie de les convaincre qu’il faut que je me rende seul rencontrer les Sunbright, j’ai l’habitude de frayer avec la noblesse et la prendre dans le sens du poil. Les apparences sont très importantes pour eux et je pense être celui qui pourra faire le mieux illusion. Ils pourront de leur côté enquêter vers les autres lieux de disparition de cadavres.
Ils finissent par accepter mais je sens bien qu’ils ne sont pas convaincus – ce qui renforce ma propre conviction s’ils ne veulent pas le comprendre !
Rendez-vous est donné à l’Hippocampe assoiffé pour faire un point au déjeuner, ou à l’église le soir si le rendez-vous ne peut être honoré.
Les Sunbright
Me rendant dans le quartier huppé où résident les Sunbright, la demeure en impose au milieu d’un parc fermé par un mur hérissé de pointes en fer forgé. Aucun commerce dans les environs, ni de domestiques qui sortent de la propriété. Je rebrousse chemin vers la place de marché la plus proche pour écouter le bruissement de la population. Je dois avouer que les Corvisiens ne sont pas des plus bavards.
Je fini par m’installer à une table où se sustente ce que j’espère être une commère. Las, il faut presque un pied-de-biche pour lui faire ouvrir la bouche. D’après elle, les Sunbright ne sont pas faciles d’accès. C’est une famille noble pratiquant le commerce. Je n’en saurai guère plus.
J’en profite pour insinuer qu’ils ont des relations avec des gobbers en expliquant que c’est sur base de cette rumeur que j’ai un peu d’anxiété avant d’aller les voir pour me faire rembourser une somme qu’ils me doivent.
Une fois qu’elle quitte l’auberge, je la suis pour la loger et pour voir si je peux compter sur elle pour répandre ma rumeur. Et bien non, elle ne cause à personne sur le chemin et finit par entrer dans une demeure à trois maisons des Sunbright.
Je me change dans un coin discret pour une tenue qui sied mieux à une visite dans la haute et je me présente à la propriété des Sunbright.
Le domestique me reçoit et je parviens à rencontrer le chef de famille, Ragnon Sunbright. Un homme doté de grosses moustaches, d’abord extrêmement désagréable, il me refuse d’abord l’accès au caveau pour voir ce qu’il s’est passé. Il me semble soit suspect, soit n’en avoir rien à carrer.
Je finis toutefois par le convaincre en lui expliquant que des rumeurs, que j’ai entendues ça et là, font état de relations d’affaires entre gobbers et Sunbright. Je pense avoir touché au but en lui expliquant que résoudre cette enquête me permettra de les faire taire. Il semble affecté qu’un concurrent puisse utiliser de telles armes pour l’affaiblir.
Il n’a par ailleurs pas entendu parler de l’installation d’un nouveau riche dans le quartier ces dernières semaines. Victor, tu n’es, hélas, pas aussi stupide…
Le caveau familial avait une porte de marbre d’une quinzaine de centimètres d’épaisseur. Avait, car elle a été explosée, depuis l’extérieur. Les débris portent des traces noirâtres de brûlures. C’est à mon sens soit un quelconque sortilège, soit un coup de canon qui a été porté au caveau. Il n’y a pas de trace de projectile à l’intérieur, c’est donc pour moi l’oeuvre d’un sorcier.
De tous les emplacements du caveau, seul un a été profané il y a trois semaines, celui du mort le plus récent, il y a 8 ans, Edbert Sunbright, le père de Ragnon. C’est Edbert qui a construit le petit Empire marchand faisant la richesse des Sunbright.
Sinon, il ne reste aucun indice à l’intérieur du caveau.
Étonné que personne n’ait entendu le bruit fait par l’explosion de la porte, Ragnon m’indique qu’il était avec sa famille dans une résidence secondaire à l’autre bout du royaume. Ses domestiques n’ont rien entendu, la nuit était très orageuse.
Des domestiques, même après les avoir interrogés individuellement, je n’en tire rien.
La famille vivant dans la propriété est réduite : Ragnon, sa femme et ses deux enfants de 12 et 14 ans.
À l’extérieur, en regardant par où le pilleur de tombes a pu passer, aucune trace au sol ou sur les murs – des deux côtés, mais je repère l’endroit du passage et peut récolter une preuve matérielle que je montre au majordome des Sunbright : un morceau de soie blanche déchirée, long d’une main, que je place soigneusement dans une feuille de parchemin chèrement acquise un peu plus tôt.
Alexia, ma belle, je te soupçonnais sans raison réelle autre que mon flair. Tu apportes de l’eau à mon moulin, toi qui te vêts de blanc alors que c’est l’apanage de peu de gens à Corvis.
Par contre, aucune trace de la méthode utilisée pour sortir le corps du domaine – animé ou non.
Dans la demeure voisine, dont les fenêtres donnent sur l’endroit d’où est entrée ou sortie Alexia… euh… le suspect, ils n’ont rien vu ni entendu. Même réponse lorsque j’essaie de les motiver en leur faisant comprendre qu’il est bon qu’on règle un petit problème d’ordre public afin que la situation ne se dégrade pas dans le quartier. La maîtresse de maison m’a l’air sincère.
Avant de repartir vers l’Hippocampe assoiffé, je me change et fais un petit tour vers l’endroit où travaille ma commère : pas de trace d’elle.
Je commence donc à déjeuner en attendant l’éventuelle venue des trois autres lascars.
Seuls deux arrivent : Boris et Albérich. Amelyass rend visite à son collège de magie.
On fait le point. J’étais assez content de moi mais j’avoue qu’ils ont très bien bossé et rapportent plein d’informations, surtout tirées de la ferme des Fulett qu’ils ont eu le temps de visiter, ainsi que le cimetière Nord.
Il semblerait que les victimes soient toutes les jurés d’une affaire de sorcellerie qui remonte à une dizaine d’années. Les sorcières ont été condamnées et décapitées, leur corps déposé on ne sait où. Les autres jurés sont donc en danger.
Et qui fait partie des condamnés : la belle-sœur du père Dumas, qui n’est autre que la mère d’Alexia.
J’avais des soupçons infondés, j’ai récupéré un début de preuve – il serait bon de voir dans ses appartements, si on les trouve, si une robe déchirée ne complète pas mon morceau d’étoffe. On a maintenant un motif solide !
Par contre, il est peu probable que le Père Dumas ignore le lien entre les noms des disparus et le procès. Pourquoi nous embaucher ? Il espérait avoir des bons à rien qui puissent conclure tranquillement que ces disparitions ne sont que des actes isolé ? Il va falloir être sur nos gardes…
L’accès aux archives de la ville pour voir les détails du procès leur a été refusé, malgré les papiers signés de l’Église et du guet. On décide d’aller voir la capitaine Helström pour nous ouvrir les portes dès que Amelyass sera revenu.
Au guet, le capitaine n’est pas là et le planton n’a aucune idée de comment le retrouver ! Personne autre que le capitaine ou son lieutenant qui est avec lui n’a assez de pouvoir pour nous ouvrir les portes des archives. On le fait chercher, mais ça risque d’être long. Si ça se trouve on n’aura rien avant ce soir.
Afin de gagner du temps, nous décidons de laisser Amelyass sur place pendant que je vais avec Albérich enquêter au dernier endroit encore non visité : le Cimetière Est, hors de la ville, contrairement au Nord. J’aurais bien aimé avoir Boris qui me semblait plus utile hors de la ville que dans les archives, mais visiblement ma présence l’indispose et il préfère rester avec le petit homme. On les retrouvera au guet ou aux archives.
Hopeless et Buckett
Le Cimetière Nord est loin de la ville et isolé. Il n’y a pas âme qui vive !
C’est sans doute le cimetière des indigents, il pue la putréfaction et est immense. Belle après-midi en perspective !
Sans surprise, on finit par retrouver les deux tombes creusées et vidées de leurs occupants, morts il y a moins d’une dizaine d’années, et il n’y a même pas un gardien avec qui parler, et bien sûr aucune trace exploitable. Bref, chou blanc sur toute la ligne, mais il fallait bien s’y coller.
De retour au guet, le capitaine est passé et a ouvert la porte des archives à Amelyass et Boris. On se rend donc aux archives et… personne. Interrogé, l’archiviste nous répond qu’ils sont partis chez le juge Folver. On obtient l’adresse et l’on s’y rend. Là-bas, on apprend qu’ils viennent de partir ! Je vais tourner chèvre…
On retourne donc à l’église où on les rejoint pour dîner une excellente potée aux rutabagas. On y apprend que le patronyme d’Alexia est Ciannor et qu’elle n’a plus de parents, elle est élevée par son oncle et loge donc dans les murs de l’église de Morrow.
On se rend ensuite dans le bouge qui sert de refuge à Boris pour parler plus tranquillement à l’abri d’oreilles indiscrètes.
Le procès s’est tenu en secret. Seuls les participants sont au courant.
Le juge Folver a été prévenu qu’il risque d’être une cible. Le magistrat Borloch, qui instruisait le procès est lui injoignable. Il est… en vacances.
Quant au bourreau, la coutume veut que son identité reste secrète.
Il faut que j’éclaircisse encore le lien de parenté entre Alexia et le père Dumas. Car si elle porte le patronyme de Ciannor, c’est que son père devait porter ce nom, et donc que sa mère soit la sœur du père Dumas. Or il semblerait que ce soit sa belle-sœur mais Amelyass semble croire qu’il y ait des raisons qui fasse qu’il pourrait ne pas être au courant.
La dernière information : on sait où sont les corps des cinq sorcières, à cinq heures de pérégrination dans la forêt, dans un ancien fort magiquement scellé par le Père Lowrigh, le prédécesseur du Père Dumas. Hasard ? Je ne crois pas…
De plus, à qui appartient le grand caveau à l’entrée de l’église de Morrow : il n’a pas de nom et les prêtres ne le savent pas ou ne veulent pas le dire.
